« Avis de mistral », une histoire familiale avec Jean Reno pour grand-père

Image extraite du film Avis de mistral.
© 2014 Françoise Lefebvre / Gaumont

Jean Reno repasse devant la caméra de Rose Bosch, après La rafle, dans un tout nouveau registre, beaucoup plus léger ; une histoire de famille qui décrit les conflits générationnels actuels.

Comment Rose Bosch a-t-elle parlé de ce projet ?

Elle m’en a parlé il y a longtemps, d’abord à travers la Provence, à travers l’olivier. Rose est originaire d’Avignon et avait ce film en tête depuis un bon moment. Elle a une maison dans la région et j’y suis moi-même installé depuis 23 ans. J’ai des attaches très fortes avec les gens de là-bas. Avec Rose, on est dans le même état d’esprit vis-à-vis de ce coin de Provence. Il était facile de parler de ce qui nous tient à cœur. On s’est retrouvés autour de ce lieu et de cet arbre, l’olivier, qui a été un élément fédérateur, rassembleur.

Comment vous est venu le goût de cette région et de cet arbre ?

Je suis d’origine andalouse mais j’y ai acheté un mas il y a 23 ans grâce à Christian Clavier, qui m’a fait découvrir les environs. J’ai tout de suite aimé. Van Gogh y a vécu. C’est un endroit extraordinaire, pas loin de la Camargue. C’est un lieu que j’aime beaucoup, où j’ai retrouvé un peu de l’Andalousie de mon père. Je me retrouve dans les valeurs de la région, j’y suis bien. Pour ce qui est de l’olivier, c’est un arbre magnifique, éternel, symbole de paix. Il nourrit les hommes depuis des siècles. J’ai quelques hectares mais il est difficile de produire beaucoup d’huile car la vallée des Baux-de-Provence est une appellation d’origine contrôlée. C’est un label que nous avons mis trois ans à obtenir. Aucun produit chimique n’est admis. C’est une des fiertés de la région.

Que vous a dit Rose au sujet du rôle de Paul, très différent du personnage que vous aviez joué pour votre précédent film, « LA RAFLE » ?

Jouer un grand-père effraie toujours les acteurs parce qu’on se dit qu’après on va se retrouver cantonné dans des rôles de vieux ! Mais je n’ai pas le syndrome du jeunisme. J’assume mon âge. Je ne me fais pas rectifier les rides ou les poches sous les yeux. Quand je lui ai posé des questions sur le personnage, elle m’a aussi dit qu’il ne s’agissait pas de faire un grand-père pour faire un grand-père. Il est question d’un conflit de générations, d’un homme qui vit encore au XX e siècle face à des enfants qui sont du XXIe. Ce choc se produit dans une famille qui ressemble à beaucoup de celles d’aujourd’hui. C’est un conflit que j’ai déjà rencontré chez des amis : des filles qui se marient avec des hommes que le père n’apprécie pas, ou des enfants qui s’en vont et que l’on ne retrouve que bien des années plus tard. Il s’agissait de raconter une histoire de famille, et qui peut toucher beaucoup de gens, dans le cadre de la Provence.

Vous avez des scènes très fortes avec les enfants. Comment cela s’est-il passé ?

On dit souvent que jouer avec les enfants est compliqué, mais je n’ai aucun a priori. Il faut voir sur le terrain. Hugo, Chloé et le petit Lukas ont été très bien. Cela m’a un peu rappelé ce que j’avais vécu avec Natalie Portman sur LÉON. Il faut s’adapter à chacun. Jouer avec Lukas a été un plaisir. Il a tout de suite compris ce qui allait se passer. Rose a aussi su lui parler, ne pas trop le fatiguer. Chloé a très bien réagi, en comprenant parfaitement les relations familiales parfois tourmentées. Quant à Hugo, il travaillait déjà sur Internet. Je pense qu’il a été surpris de la manière dont on travaille dans le cinéma. C’est assez différent de ce qu’il fait. Il a fallu qu’il s’adapte, mais tout s’est bien passé. Mes enfants sont très fans de son site Internet. C’est ma fille de 15 ans qui me l’a fait connaître. Il y a eu une bonne entente entre les enfants et moi, grâce aussi à Rose.

Certaines scènes présentent-elles un enjeu pour vous ?

Il n’y a pas eu d’écueil. Il y a par contre eu des moments où ce n’était pas évident. Le moment où Anna est en train de travailler dans la cuisine et que je suis paumé face à la situation demandait un effort. Il s’agissait de montrer les facettes de mon personnage lorsqu’il peut être dédaigneux, absent, non-communicatif avant de se livrer. Ces moments étaient un peu plus difficiles à jouer. Il ne s’agit pas de défendre le personnage ou de se défendre soi-même d’un éventuel jugement. La seule chose à faire, c’est d’interpréter. Pendant qu’on le joue, on ne peut pas penser à ce que le public va ressentir.

Qu’avez-vous pensé du film en le découvrant terminé ?

Il y a ce que l’on a joué et ce que le montage en fait. J’ai trouvé le film léger, plus que dans mon ressenti de jeu. C’est une belle histoire, lumineuse, une ode à la famille, aux sentiments humains, dans un décor superbe. C’est un film pour la famille. Il traite de problèmes réels et sérieux avec fraîcheur. La grande affaire, dans la vie, c’est de vivre à deux et d’élever des enfants. Pour le reste, on s’arrange plus ou moins ! En voyant le film, j’ai aussi découvert beaucoup de comédiens avec lesquels je ne joue pas directement mais qui sont formidables, comme Tom Leeb et Aure Atika.

Vous reste-t-il un souvenir particulier de ce film ?

Tourner parmi les oliviers, dans cette région, avait quelque chose de familier pour moi. Beaucoup de scènes ont été agréables à jouer, mais je garde un souvenir particulier du moment où Paul revoit sa fille. Je l’ai jouée avec Raphaëlle Agogué, pour qui j’ai beaucoup de tendresse. Elle a su balancer autant que j’ai balancé. Elle a beaucoup de puissance, beaucoup de présence. C’est aussi le moment dans l’histoire où la douleur s’arrête.

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