« SamSam » : l’histoire du petit super héros, de la BD au cinéma

Image extraite du film SamSam.
© SAMSAM 2020 - Folivari / La Cie Cinéma / StudioCanal / France 3 Cinéma / Mac Guff / RTBF

Le réalisateur Tanguy de Kermel s’empare du célèbre univers SamSam pour l’adapter au cinéma.

Comment le projet d’adaptation des ouvrages de Serge Bloch en série animée a-t-il débuté ?

En 2006, le groupe Bayard cherchait un réalisateur pour s’occuper de la transposition audiovisuelle de SamSam, qui paraissait dans le magazine Pomme d’Api, car ils sentaient que le personnage possédait un fort potentiel. Après avoir vu les films que j’avais réalisés pour le Japon, ils m’ont demandé de participer à un test d’animation. Ils hésitaient entre une adaptation en 2D qui reprendrait le trait de dessin de Serge, et le recours à la 3D, qui faisait son apparition dans les programmes pour les enfants. Je leur ai dit d’emblée que le dessin animé traditionnel n’était pas mon domaine et que si la série allait dans ce sens-là, je n’y participerais pas, mais que j’allais tout faire pour les convaincre que le résultat serait formidable en 3D ! Le test 3D a été réalisé, et il a plu autant à Bayard qu’à Serge, qui avait envie que la série entraîne son personnage dans de nouvelles directions.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ces histoires ?

J’ai tout de suite aimé l’univers cosmique que Serge a créé autour de SamSam, cette science-fiction pour les enfants, dont les aventures de super-héros se situent à l’échelle de ce petit bonhomme et de ses copains. Ses parents ne passent pas leur temps à le protéger, même si cela arrive parfois dans la série, et SamSam dispose d’une grande autonomie : il peut aller se balader partout dans l’espace, en emmenant son nounours dans sa soucoupe. Et il y a aussi tous les autres personnages savoureux que Serge a inventés : Marchel 1er le dictateur de la planète March, la bande des pirates de Barbaféroce, et quelques monstres. Mais au cœur de ces aventures, il y a toujours l’école, les copains, les parents. C’est un petit univers, mais suffisamment riche pour que l’on puisse raconter toutes sortes d’histoires très différentes les unes des autres. Je savais que j’allais pouvoir réaliser 52 épisodes conçus chacun comme des petits courts métrages, sans avoir à suivre un formatage narratif contraignant et répétitif. La psychologie des enfants est très bien abordée dans les histoires de Serge. C’est un sujet sur lequel Bayard est très vigilant : donner du sens à tous leurs personnages, afin qu’ils puissent aider les enfants à grandir. D’ailleurs quand SamSam va affronter un adversaire, celui-ci représente une des angoisses universelles de l’enfance, comme la peur du noir, ou la crainte de faire pipi au lit toutes les nuits. Tout cela est transposé à l’échelle de notre petit super-héros, dans un univers cosmique de monstres, de pirates et de planètes à explorer.

Quels thèmes nouveaux aviez-vous envie de développer dans ce film ?

C’est le scénariste Jean Regnaud qui en a parlé d’abord avec Serge, afin de cerner les ingrédients majeurs des histoires de SamSam. Jean s’est astreint à ne pas regarder les épisodes de la série, afin de ne pas être influencé par ce qui avait été fait auparavant. Ensuite, Jean et Valérie Magis ont cherché sur quels personnages ils pourraient s’appuyer pour construire une nouvelle intrigue en toute liberté pour le cinéma. Le thème principal est devenu celui de l’enfant qui veut s’émanciper et grandir, en s’affranchissant du « carcan » de ses parents. Pour SamSam, cela consiste à trouver son pouvoir. Dans le cas de Mega — nouveau personnage que l’on n’a jamais vu dans la série — c’est plus compliqué parce que son père est le dictateur de la planète March, et sa mère une femme autoritaire qui ne se préoccupe que de musique. De son côté, SamSam a des parents formidables, une chambre magnifique remplie de jouets, un super doudou, des copains géniaux, bref il va très bien. La recherche de son pouvoir est la seule chose qui le titille un peu. En parallèle, on découvre cette pauvre petite Mega qui vit cachée sur March, avec l’interdiction de sortir du palais. Sa mère la force à suivre des cours de chant, y compris jusque dans sa chambre où il n’y a aucun jouet mais seulement des partitions de musique. Mega vit cloîtrée tout en haut de sa tour, et elle ignore que les enfants, ailleurs, ont le droit de s’amuser. Elle n’a même pas le droit de rire, car cela donne des maux de tête à son père ! Nous avons créé un grand contraste de situations entre ces deux personnages : l’un va bien, l’autre pas du tout, mais ils ont chacun des problèmes à régler. En se rencontrant, ils vont s’épauler. Mais Mega, pour se faire des nouveaux amis, se sent obligée de mentir. Le mensonge est un élément capital de notre récit. La situation dans le foyer de Mega est tellement faussée, tellement dysfonctionnelle, qu’elle ne peut s’en sortir que par la ruse, en racontant de gros bobards à ses parents puis aux enfants qu’elle rencontre sur la SamPlanète. Et sans l’avoir voulu, elle fait du mal à beaucoup de gens à cause de ce baratin.

Qu’avez-vous pu accomplir de nouveau dans l’animation du film par rapport à la série ?

Nous avons pu passer 4 fois plus de temps sur les animations du film que sur celles de la série. C’est un bond qualitatif énorme qui s’est répercuté dans tous les domaines artistiques et techniques. Le cadre au format cinémascope m’a permis aussi de donner plus d’ampleur à la mise en scène, et de nous immerger davantage dans nos grands décors.

Où l’animation a-t-elle été réalisée ?

Dans les studios de Mac Guff basés à Paris et à Bruxelles, en répartissant des séquences entières entre ces deux équipes. Chaque studio disposait de ses propres modeleurs, de ses animateurs, de spécialistes des textures, de la lumière, etc. J’étais basé principalement à Paris, mais j’ai travaillé aussi pendant deux mois à Lille avec la petite équipe de préproduction de Folivari, deux décorateurs et un storyboarder, dans le studio Tchack qui nous hébergeait. Cela a pu se faire grâce à la contribution financière de Pictanovo, qui gère les fonds d’aide à l’audiovisuel de la région Hauts-de-France, et qui a subventionné en partie mon salaire car je suis lillois. Ensuite, nous avons achevé la préproduction dans les locaux parisiens de Folivari avec toute l’équipe artistique. Puis nous nous sommes installés dans le 10e arrondissement, dans un studio d’animation de Mac Guff qui a été entièrement dédié à SamSam. Je passais deux jours par semaine à Bruxelles et le reste à Paris, chez Mac Guff.

Même si le graphisme reste épuré, on peut voir des textures plus poussées sur les costumes des personnages, par exemple sur la cagoule de SamSam…

Oui, c’était indispensable pour obtenir un rendu agréable et plus riche au cinéma. Les décors sont toujours stylisés, mais les personnages et les véhicules sont nettement plus détaillés et texturés. Nous avons développé considérablement les panoramas de la ville où SamSam et ses parents habitent. Ils sont beaucoup plus grands, et nous avons ajouté de la végétation, tout en restant dans des gammes de couleurs chaudes. Il y a des nouveaux détails partout : dans le salon des parents, par exemple, la bibliothèque est désormais en volume. Les décors sont nettement enrichis, mais toujours dans le style futuriste des années 50/60, et avec la charte de couleurs de SamSam. L’univers de Marchel 1er a été énormément développé lui aussi.

Les visages des personnages du film ont-ils plus de possibilités d’expressions que dans la série ?

Oui, les principes d’animations sont nettement plus riches dans le film. Il y a beaucoup plus de « rigs », c’est-à-dire de commandes d’animation des articulations du corps et des expressions faciales des personnages. Les animateurs disposent de dix fois plus de contrôleurs et peuvent ainsi former des expressions nettement plus subtiles et plus justes sur les visages des personnages. Par exemple, au lieu de disposer uniquement d’une mimique de tristesse « passe-partout », nous pouvions donner à Méga une expression qui exprimait à la fois son accablement et son énervement d’être obligée de mentir à SamSam. Nous sommes allés ainsi vers des nuances d’émotions qui permettent de faire comprendre aux spectateurs ce que nos héros ressentent au plus profond d’eux-mêmes.

Quels ont été les principaux défis à relever pour réaliser ce film, et les aspects les plus gratifiants de ce travail ?

Le but était de créer une image cinéma riche, agréable, avec de nombreux décors nouveaux, tout en restant fidèle au style épuré caractéristique de l’univers de SamSam. L’une des clés pour y parvenir a consisté à passer beaucoup plus de temps sur les éclairages, pour faire ressortir les textures, et bien exprimer les intentions dramatiques, les émotions de chacune des scènes. Là encore, ce sont vraiment des éclairages de cinéma, abordés comme l’aurait fait un chef opérateur sur un tournage en prises de vues réelles. Après avoir vu le film projeté plusieurs fois sur de grands écrans, je suis heureux de constater que ces efforts ont porté leurs fruits et que l’objectif initial a été atteint.

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