« SamSam », la genèse du héros en cape rouge

Image extraite du film SamSam.
© SAMSAM 2020 - Folivari / La Cie Cinéma / StudioCanal / France 3 Cinéma / Mac Guff / RTBF

L’illustrateur Serge Bloch, connu pour les bandes dessinées Max et Lili et SamSam, participe au projet de l’adaptation cinéma de son fidèle héros en cape rouge, SamSam.

Aimiez-vous les bandes dessinées de super-héros pendant votre enfance ?

Je ne les connaissais pas à cette époque, car les BDs de Marvel et de DC Comics n’étaient pas encore arrivées en France dans les années 60. Les héros de mon enfance étaient plutôt Tartine, Ivanhoé, Akim, Blek le Roc, Mandrake et le Fantôme du Bengale. Batman et Superman n’avaient pas franchi l’Atlantique !

Comment avez-vous inventé SamSam ? Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

J’avais déjà travaillé sur d’autres personnages avant, comme Max et Lili, et je savais que la bande dessinée était un passage obligé pour rencontrer les lecteurs. Après ces expériences de création en binôme, la plupart du temps avec d’autres scénaristes, j’ai eu envie de développer quelque chose qui correspondrait à mes envies et à mes agacements. Or, à l’époque, la déferlante Pokémon m’avait coûté cher en tant que parent, et même si je respectais le travail graphique intéressant accompli sur cet univers, je trouvais qu’il s’agissait surtout d’une démarche commerciale pour inciter les enfants à acheter et collectionner des cartes, alors que les histoires me semblaient vides de sens. Mais cet engouement pour le fantastique m’a frappé et incité à sortir de la réalité quotidienne que je traitais habituellement. À l’époque, j’avais remarqué que mon fils de 4 ans était fasciné par Batman sans avoir lu ses aventures, sans doute parce qu’il l’avait vu représenté quelque part. Nous lui avions d’ailleurs fabriqué un petit déguisement de Batman en carton pour lui faire plaisir. Et au cours d’une soirée, quand des amis sont venus dîner chez nous avec leur fils du même âge, il est arrivé vêtu d’une panoplie de Batman plus sophistiquée, avec des éléments en plastique. Cette rencontre des deux mini-Batmans m’avait amusé et frappé. Peu après, j’ai commencé à créer un petit univers d’enfant transposé dans un monde de super-héros, en réalisant une série de croquis sur un carnet. J’ai montré cela un jour par hasard à Marie-Agnès Gaudrat, qui est une vraie éditrice. Sans elle, je n’aurais jamais développé SamSam, ni la petite sorcière Zouk. Voilà comment est né ce petit super-héros qui vit dans une famille de super-héros. Il est apparu en janvier 2000 dans les pages du magazine Pomme d’Api, soit presque cinq ans avant LES INDESTRUCTIBLES de Pixar. Je le précise à toutes fins utiles ! (rires)

Qu’aviez-vous envie d’exprimer sur les craintes, les épreuves et les joies de l’enfance dans vos histoires ?

Ce qui m’intéresse le plus dans mon travail, ce sont les émotions de l’enfance. Les joies, les petites peurs… Les retranscrire dans un univers fantastique me permet de les sortir du cadre strict de la réalité, dans le but d’aider les enfants à dépasser ces angoisses tout en s’amusant. C’est la raison pour laquelle j’ai imaginé les Pipiolis, qui sont des petits êtres énervants et collants. C’est une idée toute simple, mais qui les a bien fait rigoler. Idem pour le personnage de Crapouille, qui est un peu crado et qui reflète le plaisir jubilatoire et transgressif que les petits éprouvent à se salir, comme tous les parents le savent.

Certaines caractéristiques de SamSam vous ont-elles été inspirées par vos enfants ?

Oui. À commencer par son nom : mon fils s’appelle Samuel, et nous l’avions surnommé Samsam. Mes enfants étaient petits quand je me suis plongé dans l’univers de Samsam et si j’étais en manque d’idées pour une histoire, il me suffisait de les observer pour en trouver. Un petit problème à l’école, une dispute avec un copain, tous les aléas de leur vie quotidienne devenaient des sources d’inspiration.

Quels sont les plaisirs que vous procure la création d’histoires pour les jeunes lecteurs ?

Eh bien d’abord cela m’amuse parce que je suis le premier lecteur de mes scénarios. J’espère que mes historiettes les font rire, les rassurent, leur donnent la pêche et plus de confiance en eux. Je crois énormément au pouvoir bénéfique des histoires. Elles nous aident à vivre. S’amuser, se détendre et développer son imaginaire, c’est très important pour les petits, car cela va les aider ensuite pendant tout le reste de leurs vies.

Quelles sont les choses les plus drôles ou les plus touchantes que vos jeunes lecteurs vous ont dites à propos de SamSam ?

Je vais avoir un peu de mal à vous répondre, car au moment où je les rencontre dans des salons du livre, ils sont accompagnés par leurs mamans, et dès que je tente de leur poser une question, c’est la maman qui parle souvent à leur place ! (rires) « Quel âge as-tu ? » « Il a 5 ans ! », « As-tu des frères ou des sœurs ? » « Oui, il a une sœur et un frère ! » (rires) Les petits sont souvent intimidés, donc ils ne se livrent pas facilement dans ces situations-là. Ce qui est attachant et touchant, c’est de voir que ce personnage qui est un petit truc fragile résiste au temps et dure depuis près de vingt ans, simplement parce qu’il apporte du plaisir à beaucoup d’enfants. C’est émouvant et assez bluffant pour moi. Mes petits lecteurs s’expriment en envoyant des dessins au journal, qui me les fait parvenir. C’est super de les découvrir, mais parfois un peu énervant parce qu’ils se débrouillent souvent très bien et dessinent mieux que moi ! (rires)

Daniel Pennac a dit un jour « Le bon livre pour les enfants, c’est celui que les parents fauchent et lisent avant le petit, en y trouvant également leur compte ». Écrivez-vous aussi pour les parents ?

Absolument. J’ai toujours tenu compte du fait que les premiers lecteurs sont forcément les parents, puisque les enfants de 4 à 5 ans auxquels je m’adresse ne savent pas encore lire : les aventures de SamSam sont destinées à ce que l’on appelle la lecture accompagnée. Les petits comprennent les images, mais les mots sont lus par la maman ou le papa. Les parents sont aussi ceux qui feuillettent puis choisissent les livres en librairie et qui abonnent leurs enfants à Pomme d’Api. Et comme cette lecture réunit les parents et les enfants, il fallait que les parents soient mis en valeur dans les aventures de SamSam. Le père et la mère de SamSam sont tous les deux des super-héros. Ils savent beaucoup de choses, la maman est plutôt jolie et le papa costaud. Et d’ailleurs, j’ajoute souvent des petites blagues pour les adultes dans ces histoires, que les enfants ne comprennent pas, mais qui amusent leurs parents. J’ai évidemment été influencé par Goscinny, qui a été un dieu dans ce domaine des différents niveaux de lecture.

Quelles sont les plus grandes satisfactions que vous apportent les transpositions de « SamSam » à la télévision et au cinéma ?

Ce qui est génial, c’est de voir mes personnages bouger. D’entendre leurs voix, la musique qui accompagne leurs aventures… Dans le film, il y a aussi un beau travail sur la lumière et ce nouveau personnage très réussi de la petite Méga. On a l’impression qu’elle a toujours été là et elle est très bien intégrée à la petite bande. Et comme j’adore Marchel 1er, qui pour moi est le Louis de Funès de cet univers, je suis ravi que son environnement ait été développé de manière si sympathique dans le film. Je voudrais remercier toute l’équipe qui a travaillé pendant plus de deux ans pour arriver à ce résultat.

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