« Arthur et la Vengeance de Maltazard », un grand projet pour un petit héros

Image extraite du film Arthur et la vengeance de Maltazard.
© 2009 EuropaCorp - TF1 Films Production - Apipoulaï Prod - Avalanche Productions - Textes et entretiens : Mathilde Lorit

A l’occasion de la sortie en salle de Arthur et la vengeance de Maltazard, le réalisateur Luc Besson nous parle de la façon dont il a envisagé cette suite.

Qu’avez-vous retenu de votre première expérience de réalisateur de film d’animation avec Arthur et les Minimoys ?

Le premier film nous a permis d’essuyer les plâtres, dans la mesure où il s’agissait aussi d’une expérience inédite pour la centaine de jeunes graphistes réunis chez BUF Cie. De mon côté, j’ai surtout dû m’adapter au décalage qu’impliquait un film d’animation réalisé en 3D : entre le moment où j’avais l’idée d’un plan et la première vision du plan en question, il me fallait parfois attendre un an ! Fort de cette première expérience, j’avais cette fois une idée plus précise du résultat, et du coup, je me suis senti beaucoup plus libre avec la caméra. J’avais peut-être été un peu trop prudent en termes de mise en scène sur le premier Arthur : cette fois, je ne me suis rien refusé !

On a effectivement le sentiment que vous avez poussé encore plus loin les mouvements de caméra de la partie animée, pour un film plus riche en action…

Le premier film devait introduire les rapports d’échelle entre le monde « du dessus » et l’univers des Minimoys. Libérés de ces explications, on pouvait cette fois entrer directement dans l’aventure. Si bien qu’Arthur pilote à peu près tout ce qui bouge ou vole : moustique, araignée, papillon, chenille, mais aussi un avion et une voiture. C’était très réjouissant de lui faire vivre la panoplie des aventures dont rêve un jeune garçon.

Pourquoi avoir choisi de tourner simultanément les deux suites données à Arthur et les Minimoys ?

C’est une raison purement physiologique. En fait, Arthur et la vengeance de Maltazard et Arthur et la guerre des deux mondes sont l’adaptation au cinéma d’une seule et même histoire en deux épisodes. Entre les deux, il fallait donc éviter un décalage trop important du côté de l’aspect physique d’Arthur. Or, Freddie Highmore est un adolescent en pleine croissance… Il était impossible d’attendre un an entre les deux tournages : il pousse trop vite !

Si le premier film introduisait les personnages et leur univers, sur quoi aviez-vous envie d’axer cette suite ?

Je souhaitais à la fois un film plus débridé en termes d’action et un récit plus poétique. Par exemple, les flash-back qui nous font découvrir ce qui est arrivé à Sélénia permettent de donner du rythme et de la vie, mais aussi de découvrir l’intimité de la petite princesse. On ne connaissait ce personnage qu’à travers les yeux d’Arthur, on savait très peu de choses de sa vie. Cette fois, on découvre son quotidien, avec la magie que cela implique pour les petites filles… y compris les miennes, sur qui j’ai « testé » la séquence !

Comment votre collaboration avec BUF a-t-elle évolué ?

C’est un mariage heureux, qui dure… Sur le premier Arthur, synonyme d’inconnu, chacun de nous avait tendance à tirer la couverture à lui. Et puis nous avons appris à nous connaître et nous avons replongé dans l’aventure pleins d’enthousiasme. Je suis vraiment très heureux, en leur apportant de nouveaux défis, de pouvoir participer à la démonstration du talent de BUF : c’est une équipe à la pointe de la technologie, qui n’a rien à envier aux sociétés américaines !

Dans cette suite, il y a encore plus d’interactions entre la partie animée et la partie live : justement pour mieux mettre au défi les équipes de BUF ?

Plutôt parce que l’idée de suivre parallèlement l’aventure d’Arthur, qui redescend chez les Minimoys, et celle de ses parents, qui tentent de le retrouver, offrait un récit encore plus palpitant et un résultat beaucoup plus vivant.

Techniquement, on aurait tendance à imaginer qu’après la longue aventure du premier Arthur, tout a été plus simple et plus rapide sur cette suite : est-ce le cas ?

Effectivement, mais en même temps, le niveau d’exigence a encore augmenté, notamment en termes de texture de l’image : tout a été amélioré par BUF. Sans oublier la panoplie de nouveaux personnages et les décors inédits qu’il a fallu créer, tous plus délirants les uns que les autres. Justement, d’où vient l’incroyable univers nocturne de Paradise Alley ? C’est un mélange de Broadway et de Pigalle, la ville lumière par excellence, dans laquelle les néons sont remplacés par des vers luisants et les véhicules par des insectes colorés. C’est un monde très moderne, joyeux et un joli défi à réaliser !

Avec Paradise Alley, on a le sentiment d’un univers plus adulte : une volonté de votre part ?

Je dirais plutôt adolescent : Arthur a vieilli et avec lui les spectateurs du film. Comme j’imagine qu’ils seront le premier public de cette suite, cela m’intéressait de faire évoluer Arthur avec eux. C’est ce qui a été fait avec la saga Harry Potter et je trouve cela très intelligent : s’attacher à un personnage qui grandit en même temps que son public. Scénaristiquement parlant, c’est aussi très agréable de travailler sur des personnages qui ont un passé, de leur apporter une certaine maturité.

C’est la première fois que vous réalisez une suite : quel plaisir avez vous trouvé à retravailler avec les mêmes acteurs ?

Le tournage du premier film a été un véritable rêve, à l’image de vacances inoubliables. Retravailler avec les mêmes acteurs sur cette suite était une évidence. Nous sommes liés par une amitié profonde et sincère : être réunis deux ans plus tard, retrouver les mêmes lieux, les mêmes couleurs, les mêmes odeurs, les mêmes joies… Ce n’était que du bonheur! 

Entre les deux premiers épisodes d’Arthur, vous avez participé à l’aventure Home de Yann Arthus Bertrand : du coup, avez-vous eu envie d’accentuer le message écologique d’Arthur et la vengeance de Maltazard ?

Le message écologique est très présent dans tous les épisodes d’Arthur, car c’est un combat qui me tient à cœur depuis longtemps. J’ai simplement, au moment de l’écriture des quatre tomes des aventures d’Arthur, « habillé » le message d’une manière ludique. L’aventure Home, c’était avant tout le projet de Yann Arthus- Bertrand : je me suis longtemps interrogé sur l’action que je pourrais entreprendre pour l’écologie par le biais du cinéma. Comment mettre trente ans d’expérience au service de cette cause ? Quand Yann est venu me voir, c’est sans hésiter que je me suis associé à son projet.

Le film s’achève sur un vrai « cliffhanger » : que nous réserve le numéro 3 ?

La fin d’Arthur et la vengeance de Maltazard est effectivement assez rude puisqu’on s’arrête en plein élan, mais il n’était pas question de réaliser un film de 3 heures ! Ceux qui ont lu le livre connaissent la situation impossible dans laquelle se retrouve notre trio : Arthur est bloqué à l’état de Minimoy pendant que Maltazard, du haut de ses 2 mètres 10, est passé chez les humains. Ce n’est pas vraiment l’ordre des choses…

Avec cette suite, quel nouveau plaisir avez-vous pris à la réalisation d’un film d’animation ?

C’est un plaisir très diffus puisque le processus est long : deux, trois ou quatre ans pendant lesquels on ne se consacre au film que quelques heures par semaine. L’ensemble est un peu fastidieux, mais riche en petits plaisirs : la découverte du rendu progressif des images – qui se fabriquent en onze couches successives d’améliorations – ou l’enregistrement des voix, qui procure beaucoup de joie. Mais le vrai plaisir vient de la première projection du film dans une salle remplie d’enfants. C’est un moment magique, qui me renvoie à tous mes souvenirs de dessins animés Disney, à mes yeux écarquillés. Voir la tête de ces enfants est un plaisir suprême… et très frustrant, puisque dans les 5 secondes qui suivent la fin du film, la question fuse : « c’est quand la suite ? ». Le pouvoir d’absorption des enfants est impressionnant…

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